ALLOCUTIONS

 

DE LA PRIMAUTÉ DE LA PAIX 

 

Un conflit, par essence, ne fait jamais de bien ; qu’il s’agisse d’une querelle de quelques minutes, d’une rébellion, d’une sécession ou d’une guerre de plusieurs années.

La violence qui émane d’un conflit ne fait pas rire. Au contraire, celle-ci fabrique de la douleur, de l’effroi, du remords ou de la haine. L’impensable n’existe pas dans un conflit : toutes les dérives, tous les excès, toutes les horreurs, sont à craindre. Dans un conflit, la voix de la raison, de la conscience, de la retenue, est peu audible. En ces circonstances, c’est notre colère qui s’exprime le plus.

L’Afrique a parfois été le théâtre de conflits et notre bien-être, notre développement, notre cohésion et notre réputation en portent encore les séquelles. Le temps et les moyens consacrés à nous battre contre nous-mêmes sont toujours du temps et des moyens perdus. Car la vraie conquête, ce n’est pas celle qui nous mènera aux désordres, aux viols, aux pillages, aux tueries et autres traumatismes. La vraie conquête, c’est celle qui nous fera joindre nos efforts, qui nous fera polir nos cœurs et qui nous fera marcher d’un même pas vers notre seul Salut, à savoir la Paix.

La Paix, la Paix qui n’est pas un idéal, mais un prérequis pour toute prospérité durable. La Paix, la Paix qui n’est pas un acquis; d’où l’importance d’en constamment prendre soin. La Paix, la Paix qui est le premier bien, à la fois individuel et collectif; d’où le premier devoir citoyen est de la préserver.

C’est ce devoir que nous, Jeunesses Africanistes de l’Association des Etudiants de Sciences Po pour l’Afrique (ASPA), entendons, une nouvelle fois, honorer. Nous souhaitons d’autant bien l’honorer que nous nous engageons dans cette tâche ce soir avec la compagnie de Monsieur Moussa MARA, ancien Premier ministre du Mali, et de Docteur Sékou Koureissy CONDE, ancien Ministre de la Sécurité de la Guinée et Directeur Exécutif de l’African Crisis Group. A la lumière de leurs compétences et expériences, qui leur ont valu l’honneur de servir leurs Concitoyens, nous progresserons dans notre réflexion sur les moyens de faire cesser les conflits pour s’épanouir dans la Paix.

L’Afrique, en effet, a suffisamment enterré des victimes et des martyrs. A présent et pour de bon, nous devons la faire sourire à la vie et à la prospérité.

A ce devoir, Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Africanistes, nous ne devons pas faillir.

Je vous remercie.

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 21 mars 2018

DES ÉLITES, POUR QUOI FAIRE ?

 

Mesdames et Messieurs,

Le sujet de ce soir peut paraître simple, mais ne se résout pas à la première intuition. Il peut paraître surprenant, surtout quand il est abordé dans une institution souvent qualifiée, à tort ou à raison, d’élitiste. Il reste un sujet indispensable, car si on est d’accord que chaque Continent a le droit d’espérer de ses enfants un quotidien meilleur, la manière dont ces derniers s’organisent cesse d’être anodine.

Moins anodine encore est la façon dont chaque personne définit son rapport avec son Continent ; sa place au sein d’une société. Aurait-on tort de vouloir de vouloir défendre l’idée d’une élite africaine et de vouloir intégrer cette dernière ? L’existence et l’évolution de cette élite lui auront-elles procuré une légitimité qui justifierait son maintien et notre adhésion à elle ? Ou notre volonté d’être utiles à l’Afrique, d’être ses serviteurs, nous commanderait-elle de nous émanciper de ce cadre, de cet instrument d’une société d’ordres et de privilèges, que constituerait l’élitisme ?

Entre le maintien, la réforme et l’abandon de l’élitisme, on constate que les issues sont aussi nombreuses que les questions. En nous réunissant dans ce second ASPATALK, autour de nos quatre invités dont les parcours excellents justifient leur présence, notre objectif est d’identifier le meilleur sort qui peut être réservé à l’élitisme.

L’ASPA, par ma voix, vous remercie de votre présence et vous souhaite de vivre deux merveilleuses heures de réflexions et d’échanges qu’elle espère profonds et formateurs pour tous.

Dieu bénisse l’Afrique !

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 05 mars 2018

AFRIQUE, ILS TE DIRONT

 

Ce soir Afrique, ils te diront,

Tu cesseras d’être un mythe, un mystère, une inconnue

Car les mots de nos invités dévoileront ton visage

Repassé par des siècles de joies et d’épreuves

Qui n’ont pu et ne pourront rompre ta volonté

Solide de ne demeurer la risée de quiconque.

 

Afrique, ce soir, ton nom fera sens,

Tu ne seras ni que conflits ni que famine

Tu ne seras ni que sida ni qu’exotisme

Non plus ne seras-tu pas la mère orpheline

A qui plus personne ne veut être affiliée.

 

Ce soir, on veut te dire que tu n’es point honte

Et tout de toi assumer est ce que nous faisons

Tes douleurs d’hier ont leurs cicatrices sur nous

Et tes aspirations font lever notre jour.

 

Regarde-nous, mère, fie-toi à notre jeunesse

A notre diversité et à notre résolution

Nous les dévouons toutes à ton service

Pour que tu t’affranchisses de la subordination.

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 07 février 2018

 

DE LA NÉCESSITÉ DE CONNAITRE L’AFRIQUE

 

Il est troublant de constater combien l’Afrique peut être méconnue. Certains disent d’elle qu’elle est un pays. D’autres savent au moins que c’est un continent, mais dont l’Histoire débuterait au 15eme siècle et qui compterait dix pays à travers lesquels on parlerait une seule et même langue : l’africain. De même verra-t-on des natifs Africains, scolarisés de surcroît, incapables de nous présenter sérieusement leur continent ; de nous décrire les grands mouvements de son Histoire ; de nous parler de ses grands Hommes et de leurs idées ; ou de nous entretenir de ses défis actuels.

Ces personnes connaissent, du bout des doigts, les founding fathers américains, les Ming d’Asie, l’Union Européenne, mais ignorent jusqu’à l’existence du Parlement Panafricain. Ce qui est fondamentalement inexcusable. Ce n’est pas parce que c’est l’Afrique qu’on peut négliger d’apprendre et se permettre d’être inculte. Il nous revient à tous de connaître l’Afrique, de la même manière que nous nous dévouons à l’apprentissage de ce qui s’est passé et se fait dans les autres continents.

C’est bien donc contre cette inculture entourant l’Afrique que l’ASPA s’élève en inaugurant aujourd’hui La Lanterne, son Programme dédié à la Recherche sur l’Afrique. Ce Programme, exclusivement animé par des Universitaires, est conçu comme une initiation à l’Afrique. L’objectif est de permettre à tous ceux qui y prendront part de développer leur culture générale sur l’Afrique, d’hier à aujourd’hui. Notre volonté est qu’il se tienne une Lanterne toutes les semaines et que chaque thème, traité par un maximum de deux intervenants, soit ouvert à un public restreint afin de garantir l’interaction.

Aussi, comme vous l’avez sans doute constaté, notre choix de lancer La Lanterne ne respecte pas la chronologie historique. Disons qu’on a voulu être justes, car estimant que la meilleure manière découvrir un peuple est de commencer par ses plus valeureux Hommes. Valeureux, nul ne songerait qualifier autrement Patrice Eméry LUMUMBA et Thomas Noël Isidore SANKARA dont nous croiserons ce soir les portraits. Nous ne sommes pas là pour les pleurer en martyres ou pour les vénérer en héros, mais bien pour nous inspirer de la noblesse de leurs humaines convictions qui ont défendu la Dignité de l’Africain.

Dresser les portraits de tels Hommes n’étant point une vulgaire tâche, l’ASPA a alors eu recours à deux Hommes tout aussi honorables pour s’en acquitter. Il s’agit de Docteur Amzat BOUKARI-YABARA, auteur du prestigieux Africa Unite, et de Monsieur Sikama MAKANY, bien-aimé ancien Président de notre belle Association.

A leur compagnie, je me réjouis de vous laisser, tout confiant qu’ils sauront pleinement nous instruire de ces Hommes qui auront appris à « Réinventer l’avenir ».

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 05 Février 2018

 

L’HUMANITE EN ESCLAVAGE 

Mesdames,

Messieurs,

Jadis, derrière les dromadaires, bavaient des Hommes par centaines, ligotés les uns aux autres, et traînés à travers un désert vaporisant, où leurs pieds et leurs sexes s’écartelaient sous la chaleur, en même temps que fondait leur Dignité.

Naguère, jusque dans les guerres, jusque dans les ménages, jusque dans les refuges les plus reculés, par milliers, des Hommes étaient traqués comme du gibier, à la flèche, à la trappe, au filet, puis étaient parqués et juxtaposés dans la puanteur des cales desquelles on extrayait des cadavres et des nouveaux-nés jetés saignants dans les mâchoires de l’Océan.

Les Morts, en ces circonstances, étaient toujours moins malheureux que les survivants, survivants que la honte consumait de n’être devenus que des marchandises palpées par les doigts acides d’individus qui se nommaient acquéreurs, personnages vaniteux qui se prétendaient maîtres, bourreaux éhontés qui osaient donner leurs noms aux plaies de leurs viols.

Aujourd’hui, alors qu’on avait toutes les raisons de croire que l’Humanité avait atteint une certaine maturité et que celle-ci avait redressé tous les esprits, on se rend violemment compte qu’on avait tort. Il est parvenu aux oreilles de tous ces voix calamiteuses d’Hommes proposant leurs vulgaires 700, 800 et 1200 dinars contre la Liberté et la Dignité d’un autre Homme.

Cette nouvelle décadence de l’Humanité se passe sous nos yeux, souvent sous notre silence, notre indifférence, voire avec notre complicité, par l’impuissance qu’on a voulu nous reconnaître. Nous dire révoltés, on a plus que le droit aujourd’hui, mais nous dire surpris, nous ne devrions pas. Ce drame est le prolongement d’une succession de signaux, de choix et de comportements personnels, de décisions et de défaillances politiques qui ne sont inconnus de personne.

L’heure, évidemment, n’est pas au règlement des comptes, mais il est impérieux que chacun, de l’intérieur comme de l’extérieur de l’Afrique, prenne ses responsabilités ou soit sommé de le faire. La tentation est grande de se dédouaner ou de chercher à diluer sa responsabilité en signalant celle de l’autre. Ce qui conduirait à un statu quo fatal.

Un Gouvernement africain pilleur des ressources existantes dans son Pays n’est pas moins responsable de la migration et de l’esclavage en Libye et ailleurs qu’une France qui initie le bombardement en Libye ou une Union Européenne cynique dans ses politiques migratoires. Un citoyen dit du Nord ne voyant en ledit Sud que des opportunités à exploiter, peu ou prou, n’est pas plus conscient que la famille qui encourage son enfant à migrer au prix de sa vie.

Notre responsabilité à tous est interpellée et chacun doit répondre à la hauteur de la sienne. Nous adonner à des accusations réciproques pour mieux nous ancrer dans le déni est intolérable, aujourd’hui plus que jamais. Cette tragédie ne peut pas rester comme telle, car l’Humanité ne doit pas s’accommoder de l’esclavage ni de tout ce que, par un douteux euphémisme, on appelle « crise migratoire ».

Une crise, même grave, ne dure pas autant d’années et ne tue pas autant de personnes. Personnes à la mémoire de qui l’ASPA vous invite à vous mettre debout pour observer avec elle une minute de silence. Minute de silence pour souhaiter le repos à leurs âmes parties anonymes ; minute de silence pour compatir avec leurs familles ; minute de silence pour désapprouver le sort qui leur a été réservé ; minute de silence pour rappeler que, jamais, nous ne devons laisser un Homme être condamné par un autre Homme à faire le deuil de sa Liberté.

Vous priant de ne pas applaudir, je vous remercie.

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 12 décembre 2017

L’AFRIQUE SANS COUPURES

 

Mesdames et Messieurs,

Des mauvaises habitudes de langage en sont arrivées à distinguer et détacher le Maghreb de l’Afrique. Entendre parler du Maghreb comme s’il ne faisait partie ni l’espace ni l’Histoire de l’Afrique n’est pas si rare. Il semble même que des Maghrébins se refusent d’être Africains et que, pareillement, des Subsahariens leur refusent cette appartenance. Ce rejet mutuel, sans même être la principale caractéristique des relations entre ces deux jumeaux d’Afrique, est suffisamment nocif et inacceptable qu’il ne faille point le banaliser.

Avant d’être présentée en régions, l’Afrique est un Continent unique et indivisible, soucieux de l’intégrité de son territoire et heureux de sa diversité. Sans aller du Limpopo au Nil, l’Afrique serait amputée ; sans concilier les usages du Mossi et ceux du Bédouin, son identité serait terne et inconsistante. Accepter cette évidence est bien plus raisonnable que chercher des clivages fictifs et inopportuns. S’il y a quelque chose en commun entre le Maghrébin qui se refuse d’être Africain et le Subsaharien qui refuse de le reconnaître comme Africain : c’est bien qu’aucun des deux ne sait ce qu’est l’Afrique.

A l’ASPA, l’Afrique que nous défendons est celle qui est unie et en paix avec elle-même ; l’Afrique qui ne se mutile ni ne se repousse ; l’Afrique qui se connaît. En recevant ce soir Madame Sonia MBAREK-RAIS et Monsieur Nedjmeddine KHALFALLAH pour parler de politique culturelle en Tunisie, nous ne faisons là rien d’inédit ou d’exceptionnel. Nous accomplissons, une nouvelle fois, notre devoir, qui est d’être représentatif de toute l’Afrique et de toutes les thématiques.

A vous, illustres invités, tout comme à vous chers étudiants qui vous êtes déplacés malgré cette période d’examens, l’ASPA, par ma voix, souhaite la bienvenue. A vous, elle demande également de vous lever pour qu’ensemble, nous observions une minute de silence en protestation contre l’esclavage sévissant sur les routes de l’immigration et à la mémoire des 305 victimes de l’attentat en Egypte.

Choukrane Jazilane.

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 29 novembre 2017

 

NOTRE FOI EN L’AFRIQUE

Discours Inaugural

 

Chères Africaines, Chers Africains,

Bienheureux Africanistes,

Si toutes les dates ne se valent point, c’est bien parce que toutes ne peuvent pas réunir comme celle d’aujourd’hui une assemblée aussi belle que la vôtre. Je suis heureux d’être parmi vous et me réjouis de vous souhaiter, au nom de l’Association des Etudiants de Sciences Po pour l’Afrique, la bienvenue à cette Conférence Inaugurale marquant notre douzième rentrée universitaire.

Cette longévité enviable, l’ASPA la doit aussi bien à la fidélité de ses sympathisants et de ses partenaires qu’à la franche implication de ses Bureaux successifs. Entre le mandat fondateur et celui de 2016­—2017, l’ASPA, à force de créativité, d’ambitions et persévérance, a su s’affirmer à Sciences Po et faire prendre part l’Afrique à tous les grands rendez-vous. A tous les Bureaux prédécesseurs, en particulier à celui de l’année dernière, je vous invite donc à offrir de chaleureux applaudissements.

Notre Bureau de 2017—2018, composé à ce jour de 69 membres, a fait sienne cette mission originelle de l’ASPA de faire rayonner l’Afrique. C’est à l’appel de cette mission que nous avons répondu avec enthousiasme et c’est vers son accomplissement que depuis Septembre nous dirigeons, avec méthode et courage, tous nos efforts. De courage, je ne puis en effet que parler s’agissant de ces étudiantes et étudiants se dédiant, bénévolement et indéfectiblement, à notre Association, en même temps qu’à leurs nombreuses obligations scolaires.

Leur courage est recommandable d’autant plus qu’il n’est risqué ni déraisonnable. Risqué il n’est point, en effet, car l’ASPA cultive en ses membres deux valeurs cardinales valables aussi bien dans leurs entreprises académiques qu’associatives : l’Excellence et l’Exigence. Déraisonnable, également, il n’est point, car l’Afrique pour qui nous nous investissons vaut bien notre courage et tout le meilleur de nous.

Nous ne concevons pas notre engagement en sa faveur et le temps que celui-ci requiert comme une aumône qu’on lui accorde. Nous n’avons pas la prétention maladroite d’être à l’Afrique ses fournisseurs de dignité ; comme si elle n’en avait point ou en manquait. Non plus ne nous pardonnerions-nous jamais de définir notre lien à l’Afrique sous le prisme de l’humanitaire.

A l’ASPA, l’Afrique est pour nous une figure supérieure à nos personnes. Rien ne nous honore plus que d’être à son service. Rien ne nous enchante plus que de la voir entrer dans divers cœurs et de la sentir jouir du respect de tous. Rien ne nous préoccupe davantage que de lui restituer sa grandeur, sa place salutaire dans la marche humaine, que des drames historiques et des préjugés récalcitrants ont tenté d’ébranler. Rien ne nous inspire, Mesdames et Messieurs, autant que le combat inconnu, méconnu ou étouffé, de cette Afrique qui n’a de cesse prouvé qu’elle ne vaut pas moins qu’un autre continent et qui, indocile et persévérant, sait toujours se porter aux sommets où on l’attend le moins.

Nous avons chacun eu le malheur d’entendre, au moins une fois, une injure se voulant érudite crachée sur le front de l’Afrique. De primitivité, de barbarie, de paresse, d’introversion, d’hilarité, de méchanceté, l’Afrique aura été accusée. Mais la violence de ces injures aura toujours été égale à l’inculture ou à la mauvaise foi de leurs auteurs. Car le moins qu’un esprit cultivé et honnête puisse témoigner, s’agissant de l’Afrique, est qu’un continent absent de l’Histoire ne donne pas naissance à l’Humanité, aux premières industries ou à l’Egypte antique. Qu’un continent par essence désorganisé n’allaite pas un Empire aussi vaste que le Mali de Soundjata KEITA et de Kanka Moussa, ou l’Ouganda de Moutesa MOUKABYA. Qu’un continent inerte n’héberge pas des métropoles commerciales d’une vitalité comparable à celle de Gao et de Djenné. Qu’un continent replié sur lui-même ne fournit pas à l’Europe, au Moyen-âge, depuis les mines de Bouré ou les Pays Baoulé et Ashanti, l’or qu’elle a utilisé dans ses transactions avec l’Orient. Qu’un continent de nature servile ne se glorifie pas des Mende de L’Amistad, qui brisèrent les chaînes de l’esclavage ; de femmes comme celles de Nder, qui s’immolèrent parce qu’abhorrant l’invasion ; ni de Babemba, roi du Kénédougou, qui se donna la mort pour ne pas subir l’odieuse colonisation. Qu’un continent rétrograde ne sait pas démanteler l’apartheid et les autocraties postindépendances que d’aucuns juraient inamovibles.

C’est en cette Afrique dynamique, capable et libre que l’ASPA s’identifie. Quant à l’Afrique pitoyable, timide et courtisane, pour nous, elle n’a jamais existé. Et plus qu’une image ou une vision, l’Afrique confiante que nous promouvons est chez nous une foi, une conviction, une conduite de vie. Née d’un amour commun, nourrie de science et imprégnée de constructivisme, elle se propage sans propagande ni complaisance. Optimiste et réaliste, elle est à la fois. Pensante et agissante, notre Afrique est nécessairement. Nous entendons tout ce qui se dit d’elle, mais ne nous laissons jamais déterminés par ces dires. Sans être suffisante, notre Afrique se pense elle-même, car l’idée de passer pour l’objet ou le cobaye des autres lui répugne. De ses forces et de ses beautés, notre Afrique parle sans orgueil ; et sur ces difficultés, elle se penche sans complexe. Bref, notre Afrique s’assume.

C’est pourquoi, tout au long de cette année, l’ASPA abordera l’Afrique sous tous les angles, des plus sérieux aux plus décontractés ; des plus réjouissants aux moins reluisants. Tous les formats seront explorés, tant que l’interaction et le fonds seront garantis. La Semaine Africaine, prévue pour Avril, demeure notre événement majeur, auquel nous donnerons une teneur plus artistique. Il sera couronné d’un colloque consacré à l’Education en Afrique. Avant eux, à la fin du mois, sera lancée La Grande Afrique, le Journal en ligne de l’ASPA, lui-même précurseur de nos quatre prix que sont : le Prix Littéraire Alioune DIOP ; le Prix ASPA du Leadership Féminin ; le Prix Djeli de l’Art Oratoire et le Prix 100 Clichés de la Photographie. Chacun de ces projets, comme l’ensemble notre calendrier, a vacation à se réaliser, car, pour nous, la bonne idée cesse de l’être lorsqu’elle n’est jamais mise à l’œuvre. Nous nous efforçons donc pour que chaque rendez-vous donné, chaque engagement pris, soit honoré.

En parlant d’engagement, le Pôle Conférence de l’ASPA en a formulé un de majeur : celui de nous faire réfléchir sur les problématiques déterminantes de l’Afrique. Par cette opportunité qu’il nous donne de discuter de prime abord sur le franc CFA, préoccupation commune à quatorze Pays d’Afrique, il honore son engagement, en nous rappelant que nul ne peut prétendre se soucier d’un continent, d’un pays, en négligeant la question monétaire. Le choix d’une monnaie, en effet, n’est jamais neutre et vouloir en battre soi-même ne relève pas que du symbolisme. « Fait social », la monnaie côtoie des notions comme la croissance, la souveraineté économique et la souveraineté politique. Or, il aura été reproché au franc CFA de desservir l’Afrique dans chacun de ces enjeux. C’est la conviction acquise, au fil de ses travaux et de ses expériences professionnelles, par notre distingué invité, le Docteur Kako Kossivi NUBUKPO.

Macroéconomiste formé entre 1987 et 1997 aux universités de Strasbourg et de Lyon II ; Major en 2007 au 13eme Concours d’Agrégation des Sciences Economiques du CAMES ; Chef de Service au siège régional de la BCEAO entre 2000 et 2003 ; Assistant Technique au CIRAD entre 2004 et 2008 ; Chef du Pôle  « Analyse Economique et Monétaire » de la Commission de l’UEMOA d’Août 2010 à Décembre 2011 ; Ministre de la Prospective et de l’Evaluation des Politiques Publiques de la République Togolaise d’Octobre 2013 à Juin 2015 ; Docteur NUBUKPO est actuellement chercheur au sein du Global Economic Governance Programme de l’Université d’Oxford et Directeur, depuis Mars 2016, de la Francophonie Economique et Numérique. Celui qu’on appelle aussi l’économiste du coton et qui se qualifie lui-même d’intellectuel engagé est l’un des acteurs les plus constants et les plus influents dans l’opposition contre le franc CFA. En 2011, il a fait paraître aux éditions Karthala l’ouvrage intitulé L’Improvisation Economique en Afrique de l’Ouest : Du Coton au franc CFA. En 2016, il a codirigé l’ouvrage Sortir de la servitude monétaire : A qui profite le franc CFA ? paru aux éditions La Dispute.

Ainsi le choix de l’ASPA en cette Conférence Inaugurale s’est-il porté sur la personne du Docteur NUBUKPO parce qu’il est légitime et qualifié pour traiter de la question. Il a accepté de répondre à notre invitation et nous lui en savons gré. Dans son intervention, il nous fera part de ses griefs contre le franc CFA, lesquels, évidemment, chacun est libre d’épouser ou de contester. Une certitude est que l’ASPA n’entend pas faire le silence sur ce sujet. Le silence elle se refusera également d’observer sur tout autre sujet qui touche aussi directement la condition de millions d’Africains.

Notre amour de l’Afrique nous rend responsables de sa dignité, de ses intérêts et de son bien-être. Responsabilité que nous Jeunesse Etudiante Africaniste sommes décidés à porter sans faillir. Devant un monde en plein bouleversement, où tous les indicateurs signalent que l’avenir ne se passera pas de l’Afrique, notre rôle n’est pas d’espérer, mais de nous atteler dès à présent, par notre formation, nos réflexions et nos actions, à façonner cet avenir. Cet avenir ne doit pas être un autre cauchemar pour l’Afrique, où ses Citoyens se sentiraient si démunis qu’ils seraient contraints d’aller chercher leur bonheur ailleurs, jusqu’à briser leurs vies sur les routes barbelées de l’immigration dite clandestine. Cet avenir doit signifier le soulagement de l’Afrique et de toutes ses ramifications pour consacrer, définitivement, cet arbre robuste et jeune, dont parlait le Poète David DIOP : arbre « Qui repousse patiemment obstinément/Et dont les fruits ont peu à peu/L’amère saveur de la liberté ».

Je vous remercie.

 

 par Cheikh Ahmadou Bamba NDIAYE

Président de l’ASPA

Prononcé le 09 novembre 2017